mercredi 3 février 2010

Compte rendu 11e séance Chez Jacki (21/08/2009).

Après deux longs mois d’absence, la machine est relancée, et les Projections chez Jacki, c’est reparti.
Pour cette onzième séance, on recommence sur les chapeaux de roue, avec un grand film essentiel à voir.
Ce soir, le premier film de Wong Kar Wai est programmé, As Tears Go By (et non Fallen Angels), film de genre dans lequel le réalisateur impose déjà son style visuel unique et les thématiques chères à son cinéma. Un film à voir et à revoir à chaque fois avec un immense plaisir.
Il y a ce soir 8 personnes présentes (Jacki, Lucie, Manu, Agathe, Moussa, Laurent, William, Eddie), dont certaines viennent pour la première fois.
Et comme on a bouclé récemment le montage image de Fumer Tue (court métrage low budget réalisé au début du mois), et qu’une partie de l’équipe du tournage était présente, on décide d’ouvrir la soirée avec le visionnage de ce petit film non terminé. En effet, il est encore à l’état d’ours (montage image brut, sans son, mixage, étalonnage, musique), et il y a encore pas mal de petits détails à régler. La caméra portée se ressent fortement sur grand écran, et ça bouge dans tous les sens sur le mur blanc de Jacki. Et comme le son n’est pas encore mixé (Emilien s’en occupe en ce moment), chaque coupe est brutale et sèche et brise la fluidité du film. Et puis la scène chorégraphiée de baston a un peu été charcutée et me semble maintenant un peu plus brouillonne, moins lisible, mais surement plus rythmée par rapport à l’ensemble global du film. J’espère me repencher sur cette scène avec Moussa qui a pensé, écrit et découpé les mouvements de cette séquence. On y rejettera un œil. La version de Fumer Tue présentée ce soir, est une version concentrée (7 minutes par rapport au 10 minutes d’avant sans le générique), plus efficace, plus rythmée, par rapport à la première version.


Un petit film d’action sans prétention, préparé seul en un mois, tourné en 4 jours avec une équipe réduite de moins de 10 personnes sur-motivées et efficaces. Tout le monde a effectué un super boulot et a donné le meilleur de lui-même. C’était pour moi une sorte d’exercice et de test à tous les niveaux, essayer de nouvelles choses et voir si on est capable d’en accomplir. Le résultat est largement à la hauteur de mes attentes.
Après l’avoir visionné une fois et écouté les commentaires odieux de notre cher Manu (c’est un peu comme notre mascotte) qui a descendu « ce film d’auteur action à la con, et ce réalisateur qui l’a fait courir pendant 2 jours et se prendre une trempe par un yamakazi, mais de toute manière, ce n’est pas lui, impossible de lui mettre une trempe, même dans une fiction, ce n’est donc que de l’image de synthèse… », on discute des petits soucis rencontrés dans le montage image brut, des choses à régler, etc.
En tout cas, Manu a vraiment une gueule, et il s’agit de l’exploiter pour le faire tourner dans nos films.


Après cette courte introduction, on enchaine avec As Tears go By, premier coup d’essai, et coup de maitre du réalisateur Wong Kar Wai (relativement bien connu en France depuis les succès de In the Mood for Love et 2046). Après avoir vu Chungking Express (5e séance Chez Jacki, le 10 mars 2009), on continue notre découverte de cet auteur essentiel à Hong Kong et très novateur avec son premier film, moins connu que ses suivants.
As Tears go By date de 1988 (ah les années 80…) et s’inscrit parfaitement dans la première thématique propose chez Jacki, à savoir “Triades et Yakuzas”. C’est en effet un pur film de gangster à la hongkongaise avec tous ses codes et motifs récurrents du genre (les rapports entre les petits chefs de gang, la réputation, la réussite dans le milieu et le fait de garder la face, le jeu de dominant/dominé à chaque conflit à grands coups de pression, les « négociations » serrées autour d’une bouteille de bière, la vengeance, le fait d’être intouchable quand on doit aller exécuter un « contrat » important, etc). Mais dans ce schéma classique d’amitié virile et violente et de vendetta urbaine, Wong Kar Wai plante les graines qui germeront dans ses œuvres suivantes, en y insufflant une histoire d’amour à la fois grave et légère (à l’image de la belle cousine de Wah/Andy Lau qui fume malgré sa maladie aux poumons, incarnée par la toute jeune Maggie Cheung). L’absence, le manque, le non-dit viennent s’ajouter au tragique et au dilemme de l’histoire de Wah et son ami Fly (génial Jacky Cheung en chien fou que rien n’arrête), qui veulent s’imposer dans le milieu du crime hongkongais et réussir par tous les moyens.
Un film de gangster et d’amour à la fois, pari réussi pour le cinéaste qui signe ici un excellent premier film, qui malgré son apparence culturelle très localisée (c’est un film typiquement hongkongais), assume totalement ses influences occidentales (et non des moindres). On notera entre autre, la musique de Top Gun « Take my Breath Away » chantée en chinois (remarquons que la version US est carrément moins bien, le synthé n’a rien à voir.
Pour la version US: http://www.youtube.com/watch?v=48hDOV6x6OU&feature=fvw ;
pour la version HK: http://www.youtube.com/watch?v=0TRt8f6jCYs), chanson mémorable qui semble être restée dans la tête de pas mal de personnes le weekend suivant la projection, et pour la narration, on sent l’inspiration de Mean Streets de Scorsese, dans le duo Andy Lau-Harvey Keitel/Jacky Cheung-Robert De Niro, et le traitement du milieu du crime organisé (mafia ou triade).
On retrouve aussi dans ce premier film, la marque de fabrique du style Wong Kar Waï : images gelées et saccadées, changement de vitesse de l’obturateur, pour ces plans magnifiques où le temps semble s’être arrêté, comme dans un rêve (la scène hallucinante où Wah va venger son pote dans un petit resto couvert de bâches et éclairé aux tubes fluos, ou encore le magnifique début de Chungking Express), avant la collaboration avec le chef opérateur Christopher Doyle. On constate d’ailleurs la présence de 5 personnes qui signent les images du film, comme cela semble fréquent à Hong Kong. Un film bien plaisant à voir, et bien marrant aussi visiblement, même si certains moments de rigolade semblaient inappropriés (surtout le moment-important dramatiquement lol- du long baiser langoureux dans la cabine téléphonique), mais bon en plus avec cette musique magnifique, et tout l’aspect kitsch, comment ne pas rire ou au moins sourire. Ahah.
Un film de commande qui pose les bases formelles et esthétiques d’un univers cinématographique propre au cinéaste, avec des jeunes acteurs, futures stars du cinéma de Hong Kong, et des influences multiples des cinémas du monde entier (Nouvelle Vague française, cinéma américain des années 70/80, et bien sûr, le cinéma de Hong Kong, dans lequel son œuvre s’inscrit parfaitement). Je suis content de vous avoir montré ce film, et j’espère en voir d’autres avec vous du même réalisateur (Fallen Angels, 2046, Nos Années Sauvages, Ashes of Time).
Mais la prochaine fois, je crois qu’on va partir dans une autre direction, avec du film de zombie, et aussi d’autres propositions pour changer (Manu a un petit programme en tête, on en parlera).

Voila, c’est un petit compte-rendu succinct pour se remettre en jambes, mais j’attends aussi vos critiques sur les films vus chez Jacki et vos propositions de programmes ou de films. A très bientôt les amis.
Tiens et ça c’est un petit bonus pour la route. La fin du film avec la pure chanson d’Andy Lau: http://www.youtube.com/watch?v=NGaDl9dbakI&NR=1

Eddie, le 26 aout 2009.

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